La fin d’un bail commercial est une phase critique qui suscite souvent des tensions entre le bailleur et son locataire. Congé, renouvellement, indemnité d’éviction, libération des lieux… autant de points de vigilance qu’il est crucial d’anticiper pour sécuriser vos intérêts, que vous soyez propriétaire ou commerçant.
1. Donner congé d'un bail commercial : Anticiper l’échéance
Le bail commercial « 3/6/9 » est conclu pour une durée de 9 ans, mais il peut être résilié de manière anticipée dans des conditions précises. Le locataire (preneur) dispose, sauf clause particulière, de la faculté de donner congé à l’expiration de chaque période triennale, tandis que le bailleur ne peut, en principe, mettre fin au bail qu’au terme des 9 ans.
Toutefois, la loi ouvre au bailleur la possibilité de donner congé à l’issue de chaque période triennale dans des hypothèses strictement encadrées, par exemple :
construction, reconstruction ou surélévation de l’immeuble existant ;
réaffectation d’un local d’habitation accessoire à cet usage ;
transformation à usage principal d’habitation d’un immeuble existant (reconstruction, rénovation, réhabilitation) ;
travaux prescrits ou autorisés dans le cadre d’une opération de restauration immobilière ;
démolition dans le cadre d’un projet de renouvellement urbain.
Dans tous les cas, le congé doit être signifié par acte de commissaire de justice au moins six mois avant l’échéance visée, à défaut de quoi il sera inopposable et le bail se poursuivra.
2. Le renouvellement du bail commercial : un droit… mais pas automatique
Le droit au renouvellement est l’un des piliers du statut des baux commerciaux. Le locataire bénéficie en principe d’un droit au renouvellement de son bail, à condition de respecter les conditions légales (exploitation effective du fonds, immatriculation, etc.) et de formuler sa demande dans les délais.
Le preneur peut demander le renouvellement dans les six mois qui précèdent l’expiration du bail, ou à tout moment pendant la période de tacite prolongation. À compter de la notification de cette demande, le bailleur dispose de trois mois pour faire connaître sa position : accepter le renouvellement, le refuser en motivant son refus, ou se taire – ce silence valant alors acceptation de principe du renouvellement aux conditions antérieures.
En cas de refus de renouvellement, le locataire dispose d’un délai de deux ans pour saisir le tribunal, soit pour contester la légitimité du refus, soit pour solliciter le versement d’une indemnité d’éviction. Le bailleur peut également accepter le renouvellement tout en proposant une modification du loyer, ce qui ouvre alors un débat sur la fixation du prix du bail renouvelé (considérations de valeur locative, état du marché, clauses d’indexation, etc.).
3. L’indemnité d’éviction : une compensation majeure
Lorsque le bailleur refuse le renouvellement sans motif grave et légitime, le locataire a droit à une indemnité d’éviction. Cette indemnité a pour vocation de compenser la perte du bail commercial et, par ricochet, l’atteinte portée au fonds de commerce.
Elle peut couvrir notamment :
la valeur marchande du fonds de commerce perdu ou à transférer ;
les frais de déménagement et de réinstallation dans de nouveaux locaux ;
le préjudice lié à la perte ou à la dépréciation de la clientèle, lorsque le transfert n’est pas possible ou fortement pénalisant.
Le calcul de cette indemnité est souvent au cœur des désaccords : évaluation du fonds, prise en compte de la situation économique, de l’emplacement, du chiffre d’affaires… Un accompagnement juridique et, le cas échéant, une expertise sont alors essentiels pour défendre au mieux vos intérêts.
4. En cas de litige : agir vite et stratégiquement
Contentieux sur la validité du congé, contestation du droit au renouvellement, désaccord sur le montant de l’indemnité d’éviction ou les conditions de libération des lieux : les litiges liés à la fin du bail commercial peuvent être nombreux et techniquement complexes. Les délais pour agir étant stricts, une mauvaise appréciation du calendrier ou de la forme des actes peut avoir des conséquences irréversibles.
En tant qu’avocat, je vous accompagne pour :
vérifier la régularité des congés, demandes de renouvellement, réponses et actes échangés, afin de sécuriser votre position dès l’amont ;
définir une stratégie de négociation (qu’il s’agisse de discuter du maintien dans les lieux, du montant de l’indemnité d’éviction ou des conditions de départ) ;
engager, si nécessaire, une action judiciaire pour faire reconnaître vos droits (validité ou nullité du congé, droit au renouvellement, fixation judiciaire de l’indemnité).
Que vous soyez bailleur ou locataire commercial, l’anticipation et la maîtrise de cette phase de fin de bail sont déterminantes : un accompagnement dédié permet de transformer un moment de tension en opportunité stratégique, plutôt qu’en source de contentieux subi.





